Dans sa dernière intervention du mandat, Honoré Puil défend le bilan de la politique du logement à Rennes et dans la métropole. 48 000 logements livrés depuis 2015 et le bail réel solidaire comme réponse à la gentrification. Face aux critiques, Honoré Puil assume : “Nous construisons pour loger, pas pour bétonner.” Un plaidoyer qui alerte aussi sur les contradictions de certaines promesses électorales.
Madame la Maire,
Mes cher(e)s collègues,
Pour cette dernière intervention au titre des groupes et de ce mandat, j’ai souhaité, puisque nous sommes nombreux ici à exercer à la fois les fonctions de conseillers municipaux et de conseillers métropolitains, vous parler de la politique de l’habitat et du logement. Je ne le ferai pas en égrenant une litanie de chiffres, mais en l’abordant sous l’angle de la continuité politique, du sens et de l’intérêt à agir.
La continuité politique, d’abord. Elle s’inscrit dans le terreau de cette ville et dans l’action de ses élus successifs, qui ont toujours su placer la question de l’habitat et du logement au cœur de leurs priorités. Du radical Jean Janvier, qui décide en 1919 la création de notre office d’habitations à bon marché, au centriste Henri Fréville, puis, plus récemment, aux maires d’union de la gauche depuis 1977, tous ont fait de l’habitat et du logement une priorité majeure. La politique locale du logement constitue également l’un des piliers fondateurs de notre intercommunalité, avec des décisions souvent prises de manière consensuelle.
Le sens, ensuite. Pourquoi parier autant sur cette politique, comme nous le faisons ? Je crois que, dans une République, deux politiques sont essentielles pour le peuple : l’école, parce qu’elle rend libre, et le logement, parce qu’il apporte la sécurité. Mais au-delà, habiter renvoie à une dimension profonde de l’être humain, de son existence et de son rapport au monde. Pour le Philosophe Martin Heidegger, habiter est une condition essentielle de l’existence humaine : c’est « être là », être situé dans le monde, avoir sa place, se sentir chez soi.
Du point de vue psychologique et sociologique, le logement est à la fois un rêve accompli et parfois une source de frustrations, de colères. On mesure alors ce que représente, pour tous les déracinés, l’absence de chez-soi, et l’importance d’une véritable politique de l’hospitalité. Enfin, d’un point de vue économique, c’est aussi à travers l’habitat et le logement que se perpétuent les héritages excessifs et les inégalités sociales. Donner du sens au verbe « loger » a été notre préoccupation constante, et je garde toujours en mémoire les yeux pétillants de celles et ceux femmes, hommes, enfants à qui nous remettons des clés.
L’intérêt à agir, enfin, est démontré et constaté. Nous avons tenu un cap clair : faire du logement un pilier de la justice sociale et territoriale. Depuis 2015, notre territoire a livré 48 000 logements, soit une hausse de près de 20 % du parc métropolitain. Derrière ce chiffre, qui n’est pas qu’une statistique, ce sont des milliers de vies ancrées ici : des familles, des étudiants, des jeunes actifs, des aînés. C’est la preuve même s’il reste encore beaucoup à faire qu’une politique du temps long, lorsqu’elle est assumée, transforme un territoire.
Agir, c’est aussi dire clairement qui nous voulons loger, en réaffirmant, comme nous l’avons fait en 2023, notre choix pour une ville mixte et un territoire accueillant. Par conviction, nous avons continué à augmenter notre parc de logements sociaux et à mettre en œuvre le loyer unique. La mixité n’est pas un slogan : elle est notre meilleure garantie contre la ségrégation urbaine et la gentrification qui abîment tant d’autres métropoles. Nôtre réponse la plus efficace à cette gentrification, nourrie par la hausse des prix et le dérèglement du marché, c’est notre politique unique en France à ce niveau d’acquisition en bail réel solidaire. Elle permet à la fois de devenir propriétaire à un prix abordable et de réguler durablement le foncier et le logement. Cette politique est un succès. Elle est révolutionnaire. Elle sera amplifiée. Elle permet déjà de maintenir, au cœur de la ville comme dans les quartiers, les classes moyennes.
Dans les prochaines semaines, beaucoup iront sonner aux portes d’immeubles neufs : qu’ils n’hésitent pas à interroger les ménages ayant bénéficié du BRS. Ils toucheront alors une réalité concrète : celle de la capacité d’un conseil municipal ou métropolitain à changer la vie.
Certains nous disent : « vous construisez trop », « vous bétonnez ». Je leur réponds que nous construisons pour loger et uniquement pour loger là où sont les besoins. Nous construisons pour permettre à notre jeunesse de rester ici, à nos travailleurs d’habiter près de leur emploi, à nos retraités de ne pas être relégués loin de la ville. Nous construisons pour préserver ce modèle rennais de la ville archipel, de mixité et d’équilibre, qui fait notre fierté collective et qui est largement partagé par les maires de la métropole. J’ai encore pu le constater ces derniers jours, en participant aux vœux de nombreux maires.
Pour conclure, la période est propice aux promesses. Un candidat propose de créer 10 000 emplois sur le prochain mandat : ce seront autant de familles supplémentaires à loger. Mais, dans le même temps, il est proposé de laisser la ville « respirer » et de construire, je cite, « moins mais mieux ». Mieux, pourquoi pas, il est toujours possible de faire mieux. Mais faire moins serait une catastrophe ! Cela ne reviendrait pas à « augmenter le niveau global de bonheur des Rennais ». Une contradiction majeure, qui ne ferait qu’aggraver la crise du logement pour les ménages, au moment même où de nombreux signaux positifs se mettent en place, et plongerait de nombreuses entreprises dans les ténèbres.
Je vous remercie.
Honoré PUIL
Président du groupe Radical
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