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Conseil métropolitain du 18 décembre 2025 : Présentation du Schéma Départemental d’Accueil des Gens du Voyage 2026-2032 par Honoré Puil

Lors du Conseil métropolitain du 18 décembre 2025, Honoré Puil est intervenu sur le Schéma départemental d’accueil des gens du voyage 2026-2032. Face à 600-700 caravanes en stationnement diffus sur le territoire métropolitain, le schéma prévoit la création de 87 terrains familiaux locatifs et 12 aires de grand passage. Un enjeu de cohésion sociale pour les 2 500 personnes concernées, confrontées à des discriminations persistantes et une forte précarité. Rennes Métropole a émis un avis favorable avec réserve sur la répartition territoriale.

Madame la Présidente, Cher(s collègues,

Je vous propose, ce soir, d’aborder un sujet profondément politique, au sens le plus exigeant du terme : notre responsabilité collective à l’égard des gens du voyage, à travers l’avis que notre Conseil est appelé à émettre sur le futur Schéma départemental d’accueil des gens du voyage. Ce schéma, élaboré conjointement par l’État et le Département d’Ille-et-Vilaine, engage directement nos choix en matière de cohésion sociale, de respect des droits fondamentaux et d’aménagement équilibré de notre territoire.

Ce document est l’aboutissement d’un processus long et exigeant, engagé depuis près de deux ans. Il a associé l’ensemble des collectivités du département – dont Rennes Métropole – ainsi que de nombreux acteurs institutionnels et associatifs, les associations nationales et locales représentatives des gens du voyage, sans oublier les professionnels qui interviennent quotidiennement auprès de cette population. Ce travail collectif mérite d’être souligné : il témoigne d’une volonté partagée de dépasser les postures pour construire des réponses concrètes, durables et responsables.

Participer à l’élaboration d’un tel schéma, c’est aussi accepter de regarder en face une réalité qui dérange. Les stéréotypes demeurent puissants dès lors que l’on évoque les gens du voyage. Les discriminations qu’ils subissent restent massives et structurelles. Ces femmes et ces hommes sont des citoyens français à part entière, souvent depuis plusieurs générations, dont le mode de vie – la résidence mobile – continue d’être perçu comme une anomalie à contenir plutôt que comme une réalité à organiser.

L’histoire longue, en France, de la défiance à l’égard des populations voyageuses – qu’elles aient été désignées comme tziganes, manouches, gitans, – a profondément marqué l’action publique. Il aura fallu attendre 2017 et la loi « Égalité et Citoyenneté » pour mettre fin au carnet de circulation, dispositif discriminatoire hérité d’un autre temps, qui imposait un contrôle administratif parfois hebdomadaire, mensuel ou annuel par les forces de l’ordre. Cette avancée, portée notamment par le député Dominique Raimbourg, rappelle que le droit commun n’est jamais définitivement acquis et qu’il doit parfois être conquis de haute lutte.

Pour autant, depuis l’adoption de la loi Besson en 1990, qui impose aux communes de plus de 5 000 habitants une obligation d’accueil, les politiques publiques oscillent en permanence entre deux logiques contradictoires : d’un côté, la tentation répressive, particulièrement visible lors des occupations illicites ; de l’autre, une approche sociale visant à reconnaître et accompagner les réalités économiques, sanitaires et éducatives de ces familles. Cette tension traverse encore aujourd’hui l’ensemble des débats locaux et nationaux.

En France, la population des gens du voyage est estimée à environ 400 000 personnes, qu’elles soient sédentaires, semi-sédentaires ou nomades. À l’échelle de l’Ille-et-Vilaine, elle représente environ 5 000 personnes dont 2500 sur le territoire de Rennes Métropole. Ces chiffres rappellent une évidence : nous ne sommes pas face à une problématique marginale, mais bien à une question structurelle de politique publique.

En Ille-et-Vilaine – et il convient de le souligner tant ce modèle est singulier – l’accompagnement quotidien des gens du voyage est assuré par le groupement d’intérêt public Accueil Gens du Voyage 35. Rennes Métropole y prend toute sa part, tant en matière de gouvernance que de financement. Ce choix politique traduit une conviction : l’accueil et l’accompagnement ne peuvent reposer sur l’improvisation ou la seule gestion de crise.

Le rapport 2024 d’AGV 35 dresse un constat social particulièrement alarmant. La très grande majorité des familles est en situation de précarité, avec 80 % des adultes bénéficiaires du RSA, et un faible niveau d’autonomie lié notamment à l’illettrisme. Les inégalités de santé sont criantes : surreprésentation des maladies cardiovasculaires, des cancers, états dépressifs liés au rejet, à l’exclusion et à la promiscuité subie. Ces réalités doivent nous interroger collectivement sur l’effectivité de l’égalité républicaine.

À cela s’ajoute une espérance de vie significativement inférieure à celle de la population sédentaire – 11 ans de moins pour les femmes, 8 ans pour les hommes – ainsi qu’une forte exposition aux risques professionnels. Ces données, issues de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, ne relèvent pas de l’anecdote : elles traduisent l’impact direct des politiques publiques – ou de leurs carences – sur les trajectoires de vie.

La jeunesse de cette population, caractérisée par une pyramide des âges inversée, pose également des enjeux majeurs en matière d’éducation. Malgré la présence de nombreux enfants dans les écoles élémentaires, la discontinuité des parcours scolaires et le recours massif au CNED au collège renforcent le sentiment de relégation et compliquent l’ouverture vers le monde sédentaire, les services de droit commun et les espaces de loisirs.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le Schéma départemental d’accueil des gens du voyage 2026-2032. Structuré autour de huit thématiques et de quarante-quatre fiches-actions, il ne se limite pas à une approche technique de l’accueil. Il constitue un cadre politique assumé, visant à articuler accompagnement social, accès aux droits, urbanisme, habitat et inclusion territoriale sur le long terme.

La révision du schéma met clairement en évidence une tension croissante sur le territoire de Rennes Métropole. Entre 600 et 700 caravanes sont aujourd’hui présentes sur des stationnements diffus, avec une augmentation régulière d’année en année. Face à cette réalité, le renforcement du dispositif d’accueil est resté limité, se traduisant essentiellement par la création du terrain de Pont-Péan. Cette situation n’est plus soutenable ni pour les familles concernées, ni pour les communes, ni pour l’institution métropolitaine.

Le schéma 2026-2032 offre donc une opportunité politique majeure : celle de sortir d’une gestion au coup par coup pour engager une stratégie structurée d’ancrage et d’habitat, à la hauteur des besoins identifiés. Les objectifs affichés sont clairs : répondre aux besoins de 150 ménages, améliorer la gestion et la qualité des aires, mettre aux normes les aires de grands passages et renforcer la coordination entre les acteurs.

Pour Rennes Métropole, ces orientations se traduisent par des engagements concrets : création de 87 terrains familiaux locatifs et/ou logements adaptés, création de 12 aires de grand passage de petite capacité, réhabilitation des aires vieillissantes, amélioration de la gouvernance partenariale et intégration de la commune d’Orgères au schéma.

Les premières réalisations prévues – à Vezin-le-Coquet, Le Verger, Laillé ou Pacé – montrent que cette dynamique est d’ores et déjà enclenchée.

Le choix de développer massivement les terrains familiaux constitue un marqueur politique fort. Il répond à une demande exprimée de sédentarisation, tout en permettant une meilleure régulation des stationnements et une insertion territoriale plus apaisée. Il est proposé de confirmer cette orientation et d’arrêter le nombre de terrains à créer à 87.

En conséquence, je vous propose d’émettre un avis favorable sur le projet de Schéma départemental d’accueil des gens du voyage 2026-2032 (qui emporte des dimensions multiples), et notamment sur la préconisation de développer l’offre de terrains familiaux et de logements adaptés afin de conforter l’ancrage des familles présentes sur le territoire métropolitain avec une vigilance particulière sur la territorialisation proposée pour les nouvelles aires de grand passage de petite capacité, en rappelant que, au titre de sa compétence en matière de PLH, Rennes Métropole pourra proposer une répartition territoriale alternative au plus tard lors de la révision à mi-parcours du PLH 2023-2028, au sein de ses 43 communes. Rennes Métropole formule néanmoins une réserve pour insister sur le fait que cette possibilité de répartition alternative ne doit pas concerner uniquement les dix nouvelles aires prévues (Rennes, Chartres-de-Bretagne, La Chapelle-des-Fougeretz, Le Rheu, Pacé, Saint-Grégoire et Saint-Jacques-de-la-Lande), mais également les deux opérations de reconstitution d’aires préexistantes ( à Bruz et à Cesson-Sévigné).

Je vous remercie.

Honoré PUIL

Président du Groupe Parti Radical

 

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